Disparition Herbert Léonard : un chanteur aux multiples facettes fidèle à l'Alsace
« Ce n’était pas une star mais un artiste. Il ne se contentait pas d’être sur scène. Il était là avant, pendant et après. Il prenait tout le temps qu’il fallait pour échanger avec le public » témoigne Grégory Schmidt, propriétaire du Moulin à Bischwiller, où Herbert Léonard devait se produire le 22 février, après un premier concert couronné de succès l’été dernier. Mais sa santé déjà défaillante en a décidé autrement. Et le rideau est définitivement tombé ce dimanche. Cruelle nouvelle pour un public fidèle.
Un passionné d’aviation
« Il avait un amour des autres, une proximité avec les gens » rappelle Huguette Dreikaus qui pour son émission sur France 3, Ici Elsass, a passé, il y a un peu plus de 10 ans, 3 jours à ses côtés entre notamment le Coucou des Bois au Neuhof et l’aérodrome du Polygone. L’occasion de « tomber sous le charme de sa voix » et lever le voile sur son autre passion, la voltige et tout particulièrement « L’aviation russe et soviétique de 1915 à 1950 », qu’il décortiquera en 1995 dans un ouvrage de… 500 pages.
Du football avec Belmondo dans les buts
Et puis le crooner aimait aussi chausser les crampons : si ses souvenirs d’enfance s’échappent par moments vers Schirmeck, Rothau et une vallée de la Bruche où il a peut-être pris goût à la pêche, son principal terrain de jeu reste le quartier de la gare à Strasbourg. « On s’est rencontrés à l’école Sainte Aurélie, rappelle Roland Bauer, et on jouait ensemble au FC Koenigshoffen, moi arrière-gauche et lui attaquant, car il était plus rapide ». Les deux compères séviront par la suite dans l’équipe d’artistes les Globe-trotters, « où Belmondo jouait dans les buts, c’était en 66 je crois ». Cette complicité fait mouche sur la pelouse. Mais s’affiche aussi et surtout sur scène au sein des Jets. Roland dit Bouboule est à la batterie et Hubert (Loenhardt) à la guitare. « On faisait aussi les chœurs » rappelle le batteur, en précisant que celui qui allait prendre par après le nom d’Herbert Leonard « était déjà bien meilleur chanteur que guitariste ».
Fidèle à l’Alsace
La suite lui donnera raison : Herbert Léonard poursuit ses années yéyé avec les Lionceaux, quitte l’Alsace et s’engage alors dans cette carrière de chanteur romantique. Un cursus qui lui vaudra de croiser Gérard Manset, qui fut un temps son agent. Il sévira aussi à la Foire aux vins de Colmar où plus petit il se rendait en stop pour aller voir Cliff Richard. Ce fan d’Otis Redding, qui vivait du côté de Barbizon en Seine-et-Marne, reviendra à maintes reprises dans sa région natale où son tube « Pour le plaisir », écrit par Julien Lepers, ou encore son interprétation du générique de Châteauvallon, trouveront à jamais un écho favorable.
Il devait célébrer ses 80 ans bientôt
Ses quelques apparitions dans des séries télé ou comédies musicales seront d’autres exutoires pour son trop-plein de sentiments. D’autant que la vie n’a pas épargné ce pudique en privé : défiguré après un accident de la route en 1970, un mois dans le coma à la suite d’une embolie pulmonaire en 2017 et ce cancer du poumon qui finira par avoir sa peau dimanche soir à l’hôpital de Fontainebleau. « Herbert voulait fêter ses 80 ans avec ses proches dont son épouse Cléo et leur fille Eléa le 23 février chez nous, Au Moulin » rappelle Grégory Schmidt. Le fan de tarte à la rhubarbe avait commandé un repas typique et copieux : waedele et bouchées à la reine. Pour le plaisir de la vie.

Chanteur de charme et tête de bois
En 2018, un an après avoir été victime d'une embolie pulmonaire, le Strasbourgeois de naissance avait fait l'objet d'un portrait dans nos colonnes. L'occasion de dérouler le fil d'une carrière et d'une vie aux multiples rebondissements.