L’éditorial Qui veut la paix…

d’Hélène David - 06 mars 2025 à 06:00 - Temps de lecture : 2 min

« Nous sommes en guerre », déclarait Emmanuel Macron il y a cinq ans quasiment jour pour jour, au début de l’épidémie de Covid-19. Dans son adresse solennelle aux Français, hier, il a soigneusement évité la formule. « Nous entrons dans une nouvelle ère », « notre sécurité est menacée » et « face à ce monde de dangers, rester spectateur serait une folie », a-t-il diagnostiqué. Mais, paradoxalement, c’est la paix qu’il a surtout convoquée, en appelant avec gravité à la « force d’âme d’une nation » et au « courage ». Une paix « solide, durable et vérifiable » en Ukraine et plus largement en Europe, alors que « la Russie est devenue une menace ».

Ce choix sémantique dit beaucoup de la ligne de crête sur laquelle évolue le chef de l’État. Chantre d’une défense européenne mutualisée depuis 2017, il entend convertir ses intentions en actes, pour que l’avenir de l’Europe ne soit pas « tranché à Washington ou Moscou ». Cela suppose des réformes, des investissements, la mobilisation de financements privés et publics, a-t-il averti. Et peut-être surtout de l’adhésion, sollicitée hier entre les lignes, malgré une Assemblée nationale éclatée, un mur de la dette qui semble infranchissable et une atmosphère politique qui apparaît - encore - très loin de l’union nationale. La conviction est forte, mais suscitera-t-elle l’assentiment attendu dans les oppositions et parmi les Français ?

Légitime, la position de président de la République n’en est pas moins délicate à tenir. Elle l’est tout autant face aux États-Unis, cet allié dont il veut « croire qu’il restera à nos côtés » mais qui a « changé ses positions et laisse planer le doute sur la suite ».

Ce mercredi, le président de la République a parlé de paix, un concept qu’on ne peut qu’embrasser. Mais entre l’hypothèse d’une dissuasion nucléaire partagée et celle du déploiement de forces en Ukraine, cette fois, c’est bien de préparer la guerre dont il était question.