L’éditorial Circulez, y’a rien à voir !
L’Atlantique s’élargit. L’Amérique s’éloigne de jour en jour du Vieux Continent où la libre circulation des personnes et des biens constitue l’essence de la citoyenneté de l’Union européenne. L’émoi suscité par la fermeture des frontières pendant la pandémie de Covid-19 témoigne de l’attachement des Européens à cet acquis précieux qui, au-delà de favoriser l’économie et les échanges d’idées, ventile la maison commune et aère les consciences.
Avec un tel bagage, le raidissement de l’administration Trump sur les conditions d’entrée aux États-Unis ne peut qu’interpeller. L’interdiction d’accès au territoire et le placement en rétention de trois citoyens allemands ont amené Berlin à s’interroger sur un éventuel « changement dans la politique d’immigration américaine ». Le gouvernement français a exprimé pour sa part sa « préoccupation » après le refoulement d’un chercheur du CNRS dont l’ordinateur et le téléphone ont été fouillés.
Face au ruissellement de la doctrine trumpiste dans les aéroports, plusieurs États ont mis en garde leurs ressortissants voyageant en Amérique. Dans leurs consignes, le Danemark, la Finlande, l’Allemagne et la France mentionnent la nouvelle obligation d’indiquer « le sexe de naissance » sur la demande de visa, Donald Trump ayant affirmé que les États-Unis ne reconnaîtraient plus que « deux sexes, masculin et féminin », ce qui est susceptible de fermer la porte aux personnes ayant changé de sexe ou non-binaires.
On connaissait le délit de faciès, voilà l’Amérique de Trump en passe d’institutionnaliser le délit de genre. Et ce à l’encontre de la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU qui condamne toute discrimination liée à la race, au sexe, à la religion ou à l’opinion politique. Inouïe, la régression à l’œuvre outre-Atlantique atteste d’un dévoiement patent du principe de liberté. Les masques tombent, l’intrusion de la mécanique administrative dans ce qui constitue l’identité des citoyens relevant davantage du totalitarisme que de la démocratie éclairée.